ODILE ET SIMONE VONT LAISSER UN GRAND VIDE

Publié le par ayacuchosocialclub

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                                               Flecha, dans la banlieue de Lima, où vivent Odile et Simone

 

« Depuis 23 ans, je n'ai pas connu un seul hiver en France », se remémore, le regard évasif, Simone, une des deux dernières sœurs de la congrégation de la Divine providence de Créhen dans les Côtes d'Armor, à vivre au Pérou. Simone et Odile, deux septuagénaires pleines de vie, dont seuls les cheveux grisonnants laissent paraître l'accumulation des années, s'apprêtent à rentrer en France définitivement, à la fin du mois de janvier. L'appréhension se mélange à l'excitation, alors que la vie quotidienne suit son cours à Flecha, dans la banlieue nord de Lima, la capitale péruvienne.

La congrégation des sœurs de la Divine providence s'est installée au Pérou en 1982. D'abord dans la région de Puno, à Sandia et Cuyocuyo, au sud du Pérou, puis à Flecha, cinq ans plus tard. C'est ici que Simone, jusque-là travailleuse sociale en région parisienne, pose ses valises, en 1988. « A mon arrivée, il n'y avait pas de route mais du sable, nous n'avions pas de maison. » La situation ne différait pas trop de Sandia, où Simone se rend de 1995 à 1999. « Nous ne pouvions nous y rendre qu'en camion. Il n'existait pas de transports publics. Nous faisions les courses une ou deux fois par mois, autant vous dire qu'il ne fallait rien oublier ! »

 

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« Ces conditions nous ont conforté à donner la priorité aux plus pauvres », poursuit Odile, arrivée à Flecha en 1993, après avoir participé un moment au conseil de leur congrégation, fondée sur cette pensée : « Cœur passionné pour les pauvres ». Ça fait aujourd'hui 17 ans qu'elle œuvre à Flecha, où Simone est revenue à la fin de l'année 1999.

Si elles ne sont plus que deux aujourd'hui, elles se sont retrouvées jusqu'à une dizaine au Pérou, à l'époque où la congrégation était encore présente autour de Puno. Elle n'y exerce plus, faute de vocations, exactement la même raison que le retrait de Flecha.

- « En France, il n'y a personne pour nous remplacer, explique Odile. A Lima, nous avons ouvert une formation à la vie religieuse il y a une dizaine d'années, sans résultat. Certaines personnes étaient surtout attirées par le fait que nous soyons une congrégation française, attirées par l'Europe. Nous avons donc fermé cette formation en 2002. De notre côté, à plus de 70 ans, notre avenir n'est pas très long. »

- « Si nous ne voulons pas rester ici toute notre vie, il faut savoir partir », renchérit Simone.

Un départ qui se conjugue avec l'éloignement, qu'elles observent depuis quelques années, de certains fidèles.

- « Nous ne recevons plus qu'une vingtaine d'enfants au catéchèse, contre 80 auparavant, notre cantine publique accueille beaucoup moins de monde, pareil pour l'atelier de couture. A la bibliothèque, les enfants viennent de moins en moins, attirés par internet. Et notre salle avec internet est elle aussi peu utilisée, car nous ne proposons pas de jeux vidéos », constate Odile.

- « La vie moderne atteint ces populations, l'évangélisation progresse énormément », tente d'expliquer Simone.

- « Des jeunes que nous avons côtoyé au catéchisme, aujourd'hui père et mère de famille, ne viennent nous voir que pour nous demander de l'aide, regrette Simone. Englués dans leurs problèmes quotidiens, ils sont en état de survie perpétuel, comme de très nombreux Péruviens. Et ici les gens ne se plaignent pas beaucoup. »

- « Pas assez », coupe Odile.

 

"Retrouver un travail auprès des gens"

Néanmoins, Odile et Simone espèrent que les activités vont perdurer après leur départ, même si elles savent que tant qu'elles sont là, les gens ne se rendent pas compte qu'elles vont partir. Elles ont mis en place un comité de gestion avec des gens du quartier pour assurer la relève. A moins de deux mois du retour, auquel elles n'ont « pas trop le temps de penser », l'après trotte quand même dans la tête. « Ça va être difficile au niveau intérieur, affirme comme une évidence Simone, mais ce sera apaisant de ne plus faire face tous les jours à l'extrême pauvreté. »

Quant à savoir ce qu'elles feront en France, pour l'instant elles évoquent juste l'envie « de retrouver un travail auprès des gens, pourquoi pas dans les cités, en Bretagne ou en région parisienne ». Quoi qu'elles fassent, elles se souviendront longtemps de l'amitié tissée au fil des rencontres, peut-être la chose la plus dure à quitter. Une amitié réciproque. « Vous faisiez parties de la famille, vous allez laisser un grand vide », leur a glissé une mère de famille il y a quelques jours.

 

Article paru dans Ouest-France

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